Le
piéton de la ville déplace son regard dans la lenteur
du jour.
Chaque pas est une seconde
dans un premier temps,
un mètre déployé
par une pensée en marche ;
chaque pas s’en va
vers la face qui nous crée.
Et je m’en vais tranquille
au plus près des façades,
derrière lesquelles se vautrent
de nouvelles ombres, furtives –
comme est furtif
le mot. Je marche
en une phrase
qui traverse
les saisons.
L’allure est un écho,
au timbre
imperceptible.
Les
trottoirs, souvent, s’inscrivent comme des
pages
dans un livre de grêle ou de printemps.
Des vendeurs à la sauvette s’y
déploient
dans des cris de mouettes ou
d’échassiers ;
on y trouve ainsi des montres et des miroirs,
du temps furtif, et de la fantaisie ;
le jour
s’échappe à l’approche du
gendarme ;
on y trouve des pensées, subitement
gaillardes ;
des gestes incongrus qu’il faudrait
disséquer ;
de la moelle
dans les mots des passants.
Les trottoirs, parfois, sont les toits où
s’abritent
ceux qui n’ont plus de toit, plus de porte à
franchir,
sinon celle qui les porte
vers les seuls courants d’air ;
trop souvent les trottoirs nous soufflent
l’arbi-
traire – la vie
qui passe,
dévêtue
livide,
épluchée --
jusqu’au sang.
Alors
même que le trafic s’accroît,
que les artères se sclérosent, que
les
carrefours tournent en rond : je
débarque.
Des pigeons roucoulent
comme des vagues
sur mon
regard breton. Il
paraîtrait
que les places
ont toujours été prises ; que le
vide
s’est occupé
des demandes sans réponses –
l’espace n’a d’infini que ses propres
limites.
Parce qu’il faut traverser
au risque
de se faire aplatir,
je baisse
les paupières –
jusqu’à la nuit
tombée.
Un klaxon vrombit ;
il est temps…
d’espacer.
Le
fleuve traverse la ville sous des clartés
latentes ;
ses eaux miroitent l’obscur passé des
pierres ;
et ce futur qui nous attend
dans l’embrasure du ciel.
Quelques nuages, lourds de souillures,
annoncent une pluie, âcre,
comme de l’acide.
Il y a des feux qui réchauffent,
d’autres qui consument.
Dans la bouche
une odeur de pétrole
brûle
mes
mots.
Des lettres
se
pétrifient.
Déjà.
Daniel
LEDUC
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